lundi 13 juillet 2009

6 mois… Déjà le premier ¼ de mes 2 années camerounaises. Le temps passe si vite ! 2 articles plus tôt je faisais un petit bilan de mes 3 premiers mois. Me voici à 6 et je ne vois plus le temps passer. Les journées sont remplies, les semaines et les WE s’enchaînent sans discontinuer. Et en même temps que s’écoulent les jours à l’IST-AC, la pile des bonnes résolutions n’arrête pas de grandir : alimenter le blog, répondre aux mails (je ne parle pas d’en écrire des spontanés !!), écrire des articles pour Talents (journal paroissial de Talence) ou pour Volontaires en Eglise (journal de la DCC), écrire mon journal de bord, stocker les données touristiques (bon plans, prix, …), etc… Et où sont-ils donc ces fameux écrits ? Et bien justement, ils restent malheureusement souvent à l’état de projet. Plus le temps passe et plus la liste s’étoffe et finalement, je me trouve stressé et pris par le temps (ce qui est quand-même un comble en Afrique !), ne sachant plus trop par quel bout m’y prendre. Ce soir je trouve enfin le courage de m’attaquer à cooperencontres : 3 mois de silence radio à combler !

Juillet : la fin de l’année scolaire approche, l’été arrive. L’été ou plutôt la saison des pluies ! Il pleut quasiment tous les jours, heureusement pas toute la journée, mais quand l’eau tombe, malheur à celui qui se trouve en extérieur sans parapluie (5 secondes suffisent !). Lors des averses, c’est un espèce de bourdonnement sourd qui emplit la ville aux toits de tôle, tandis que les égouts n’arrivent pas à avaler le déluge, laissant quelques endroits inondés. Mais la pluie n’a pas que des inconvénients : la température chute et le climat devient plus supportable à Douala. Dans l’ouest (Dschang et Fontem par exemple), c’est même trop : la température peut frôler les 10°C. Alors on se retrouve avec des aberrations : Emilie (de Dschang) contente de trouver la chaleur de Douala !

A l’IST-AC comme à l’école ou au lycée, l’année prend fin. Début juin, c’était les soutenances des dernière année : Projet Pré Ingénieur (≈ PFE ou TFE) pour les uns Mission Industrielle pour les autres. Une semaine de jury : intéressant, mais crevant ! Semaine suivante, correction des rapports et chasse aux retardataires. Depuis, les MI étant terminées, je peux me consacrer pleinement aux 2 autres missions : la collecte des paiements auprès des entreprises et bien sûr la recherche des contrats pour septembre. De phases euphoriques lorsque les contacts tombent tous seuls en phases de stress lorsque les pistes sûres à 95% ne se concluent toujours pas par une signature, la vie de technico-commercial est forte en émotions !
Fin de l’année scolaire et 6 premiers mois à l’IST-AC : c’est l’heure des bilans. Je termine le premier de mes 4 cycles (2 ans * 2 périodes de MI par an) et je suis devenu le seul maître des missions industrielles : mes contacts avec Nicolas se réduisent maintenant à l’informer de l’avancement de mon travail et très ponctuellement à lui demander conseil pour les cas plus complexes.
Malheureusement, je ne m’épanouis toujours pas entièrement dans mon travail. C’est certainement la faute au volet commercial : les appels qui n’aboutissent pas, les rendez-vous où on attend pendant 2 heures, le travail entrecoupé et répétitif. C’est également l’obligation de résultat (obtenir 10 contrats pour septembre) sans la maîtrise des paramètres : en conception technique, les compétences et le travail permettent toujours d’arriver à ses fins ; dans les relations commerciales, on a beau être bon (ce qui n’est pas encore mon cas !) et persévérant, la décision revient toujours au client. Au niveau technique, le travail est également limité : une fois les conventions signées, je ne suis que de loin toute l’étude : ce sont les étudiants qui la réalisent. J’avais constaté cela en tant que conducteur de travaux à Compiègne et je le retrouve ici : je suis définitivement un technicien. Management et relations commerciales : pourquoi pas, mais à petite dose !
Enfermé dans mon bureau, beaucoup en contact avec les entreprises, j’ai parfois l’impression d’être déconnecté de la vie de l’école et des étudiants, d’avoir un peu ma mission dans mon coin. Les contacts avec les étudiants dans le cadre des MI existent, mais sont plus lâches que ceux qu’entretient un professeur. Sur cette période, c’est surtout avec les 2 étudiants de mon équipe MI _dont je suis particulièrement fier, vu la manière dont ils ont été encensés par l’entreprise_ que j’ai eu des échanges. Avec les autres, je n’ai souvent eu que des contacts légers : « Bonsoir. C’est comment ? Et la MI ? ». Et avec les étudiants des autres promotions c’est encore pire (les MI ne concernent que les dernière année)… De ce côté les « torts » sont partagés : mon poste ne me porte pas toujours à avoir des contacts approfondis, mais c’est aussi à moi à forcer la discussion avec les étudiants, à retenir leurs noms, à chercher à les comprendre (ça ne devrait pas être trop dur : je suis encore un peu étudiant dans l’âme !).
Le travail en milieu privilégié m’est également encore difficile à vivre : donner un sens à sa mission. Il est tellement plus facile de travailler en milieu défavorisé (pour moi, l’orphelinat) : on se sent directement utile, on a un retour immédiat du travail que l’on fait. Mais un ingénieur utilise-t-il pleinement ses compétences, est-il vraiment utile dans un travail qui n’est pas le sien ? La mission à l’IST-AC est peut-être moins gratifiante, mais c’est là que l’on m’attend principalement, c’est là que je peux utiliser au maximum les compétences que j’ai acquises lors de mes études. A l’orphelinat, je donne ce que je peux, avec le peu de connaissances que j’ai dans le domaine de l’éducation. Je donne un peu de temps, un peu de joie, un peu d’attention, un peu d’amour. Et je reçois énormément : la joie des enfants panse le cœur triste et persuade qu’on a sa place. A l’IST-AC c’est différent : c’est un peu à chacun d’avoir la conviction que son travail est utile. Mais lorsqu’un étudiant (même s’il n’y en aura eu qu’un) vous remercie pour la place que vous avez eue dans sa formation, cela vaut une centaine de sourire d’enfants et cela donne la conviction que « oui » ce que l’on fait est utile.
Avec mes 6 mois sont donc venues les séries d’entretiens : avec Nicolas (futur directeur de l’IST-AC Douala!), avec Alain (l’actuel) et avec Jean-Gabriel (directeur de l’IST-AC Pointe-Noire et de l’IST-AC au global). Cela m’a permis de faire ressortir quelques-unes des réflexions évoquées ci-dessus et puis d’envisager de petites évolutions pour l’an prochain. Pas de grande révolution non plus : je resterai responsable de mes MI ; mais je pourrai avoir quelque activité annexe. Organiser une vitrine développement durable, travailler sur un sujet technique avec un laboratoire, ou m’investir dans les Projets d’Engagement Social (projets auprès de personnes défavorisées et qui entrent dans le cadre des études) sont quelques-unes des pistes qui me sont proposées. Tout ne sera pas faisable dans ma courte semaine et il me faudra choisir. Pour l’instant, mon cœur penche plus du côté des PES : certainement l’optique de travailler à la formation d’ingénieurs inspirés par les valeurs chrétiennes. Mais c’est vrai que retourner un peu vers la technique… J’ai l’été pour y repenser !
Du côté de l’orphelinat, le temps est un peu au relâchement. Un moment, j’avais essayé de plus structurer mon travail, d’arriver un peu moins « à l’arrache ». Et puis sont arrivés des étudiants de l’IST-AC en PES et qui m’ont un peu perturbé dans mon emploi du temps. Depuis je viens de nouveau sans avoir trop rien préparé et je me laisse porter par les évènements : discuter avec les mamans, les gardiens ou les jeunes de l’atelier de couture, accompagner les enfants à la bibliothèque, proposer un « chef d’orchestre », un « petit bac » ou un « jungle speed ». Mon travail est certainement moins structuré, moins professionnel, mais j’y gagne la liberté de parler avec l’un ou l’autre et de connaître le Cameroun un peu plus en profondeur.
La semaine dernière, j’ai fait la connaissance de Dorothée et Agathe, 2 françaises qui sont là les 2 mois dans le cadre d’une association du domaine de l’éducation. Les discussions que nous avons eues ont été vraiment intéressantes. Passant leur semaine avec les enfants, elles ont plus le temps de les connaître individuellement, de voir leurs potentialités et de les aider à réaliser leurs projets. De là me sont revenus ces guides de la pédagogie scoute : « Faire avec lui. Croire en lui plus que lui ». Beau projet ! De mon côté, j’avais (très fortuitement) commencé à travailler un peu avec 2 jeunes : Virginie pour la lecture et Stéphane pour les probabilités. Tout seul pour 39 enfants et jeunes et n’étant là que le mercredi, j’aurai du mal à m’intéresser individuellement à chacun, mais j’essaierai d’apporter ma petite touche en me laissant inspirer « Croire en lui plus que lui ». Et puis, en septembre doit arriver une jeune fille qui sera là pour un an à l’orphelinat : le projet de Dorothée et Agathe pourra se continuer.

Mais la coopé, ce n’est pas seulement la mission elle-même. Ce sont aussi tous les liens créés avec les camerounais. Tout doucement, tout doucement : là aussi ça prend son temps. Pourtant, il peut être facile d’avoir une paire d’ « amis » en quelques jours, mais ceux-là sont les amis intéressés. Les vrais liens prennent plus leur temps. Au boulot l’ambiance est bonne, mais les relations ne sortent pas encore du milieu professionnel. Pourtant je m’entends bien avec certains collègues ; ça viendra. En dehors de l’école, c’est Ingrid qui travaille chez Novartis ou Louis-Bernard en thèse de Géographie. Mais c’est aussi Nadège l’amie de plusieurs génération de DCC, Cathy notre femme de ménage et chez qui nous étions invités ce midi, Ibrahim le taximan, Nadège la vendeuse d’œufs.
Le nouveau venu, c’est Deïdo. Deïdo est un ancien joueur de football qui a évolué en Angleterre jusqu’à sa blessure. C’est là-bas que de chrétien il est devenu juif messianique (c’est-à-dire qu’il reconnaît Jésus comme étant le fils de Dieu et le sauveur que le peuple juif attendait). Il de retour au pays pour faire naître une communauté au Cameroun. Deido m’a abordé un soir alors que je rentrais du boulot. Cela faisait plusieurs fois qu’il me remarquait dans le quartier et il a donc engagé la conversation. Par la suite nous nous sommes croisés plusieurs fois échangeant quelques mots. Et puis avec le match de foot Maroc/Cameroun, il était indispensable de l’avoir comme commentateur. Nous l’avons donc invité à voir l’évènement dans un bar et à ma grande surprise il a rompu avec la tradition africaine en payant les consommations (en principe, celui qui propose paie sa tournée). Depuis nous nous croisons de temps en temps dans le quartier. A part le samedi où on le reconnaît facilement avec ses habits de sabbat, c’est généralement lui qui m’interpelle d’un joyeux « Benoît ! ». Nous parlons un peu, partageons des brochettes ou des plantains braisés. Les liens se tissent simplement, sans arrière pensée, juste pour le plaisir d’échanger.
Habitué à me constituer rapidement un bon groupe d’amis, notamment en utilisant les réseaux cathos (aumôneries étudiantes, groupes scouts), je me retrouve un peu frustré de voir la lenteur avec laquelle s’établissent les liens avec les camerounais lors de ma coopé. Et de la même manière un peu déçu de ne pas pouvoir toujours entrer en profondeur et échanger avec eux sur des sujets de fond. Ainsi, lors de la polémique de la réintégration des évêques intégristes, je m’étais ainsi trouvé isolé, ne trouvant guère qu’Emmanuelle et Nicolas pour échanger sur le sujet. Mais finalement mes souhaits ne sont-ils pas hors de propos ? Nous sommes si différents : culture, niveau d’éducation, niveau de vie et surtout état d’esprit. Avant mon départ, mon projet suscitait généralement l’envie ou l’admiration. Ici il peut susciter l’incompréhension. Discutant avec un camerounais lors d’un trajet en taxi, j’ai eu un mal fou à lui expliquer (et encore m’a-t-il cru ?) que je n’étais pas là pour amasser de l’argent, mais pour accomplir un projet personnel dans un cadre d’Eglise. Mais dans ce pays où nombre de gens se galèrent pour survivre et rêvent de la France, peut-on seulement comprendre qu’on puisse renoncer au confort et au salaire qu’on y aurait eu ? Et puis les volontaires plus avancés dans leur coopération vivent la même difficulté. Max (puisqu’il faut bien le citer) fait très justement remarquer que nous n’avons pas le même langage et qu’un camerounais n’aura pas avec n’importe qui une discussion sur le football, de même que nous n’échangeons pas avec n’importe quel ami français de nos convictions profondes, religieuses ou politiques. Savoir profiter de ces relations simples, savoir être patient.
Mais au Cameroun nous avons également la chance d’avoir un réseau DCC conséquent et, les routes goudronnées aidant, il est plus facile d’aller visiter l’un ou l’autre. Les rencontres entre volontaires sont toujours de bons moments de coupure où l’on peut oublier un peu le boulot et échanger sur les difficultés que chacun rencontre. Et cet échange est nécessaire pour tenir : n’est-ce pas rassurant de voir que d’autres rencontrent ou on rencontré les mêmes obstacles ?
C’est ainsi que du 20 au 24 mai ce n’est pas un week-end, mais quasiment une semaine DCC qui s’est tenue à Pouma chez Max et Julie. Week-end de détente avec les matches de foot ou de volley, de cuisine aussi entre les repas à cuisiner et la préparation des bobolos ou des miondos (batons de manioc). Mais également week-end de réflexion avec un temps d’échange sur la coopé et un week-end recueillement avec un temps de prière et de partage en mémoire d’Anne-France, notre chargée de mission DCC qui nous a quittés au mois de mars.
La période des anniversaires a également été un temps fort. Une carte, un appel, un SMS, un e-mail, un goûter d’anniversaire : c’était agréable de sentir la présence de chacun, camerounais, français, amis, famille pour ce premier anniversaire au Cameroun. Et puis il y a ceux qui venus pour les 50 ans (26 + 24) de la colloc’ lors du birthday week-end du 13 juin. De Dschang, de Fontem, de Pouma, de Douala, amis français et camerounais : une belle soirée conviviale à Bonantone, chez nous puis rue de la joie (équivalent de la Victoire, Solférino, le Bouffay, etc..).
Mais l’anniversaire n’a pas été la seule occasion d’accueillir du monde à la maison. Douala si régulièrement critiquée s’est vue fréquemment visitée par l’un ou l’autre venu chercher des amis à l’aéroport, faire des courses à la ville, ou tout simplement visiter le Cameroun. Avec les grandes vacances françaises, c’est maintenant la période des projets humanitaires et nous voyons passer les étudiants ingénieurs de l’ICAM ou de l’ESTP et bien entendu les compas et les JEM (les aînés des Scouts et Guides de France). Ca fait de l’animation, ça remonte le moral et ça suscite certainement des congossas (rumeurs) dans le quartier : que viennent trafiquer tous ces blancs ?...

Je ne saurais terminer cet article sans évoquer la rubrique voyages. Les voyages, c’est tout d’abord la découverte de Douala. Au bout de 6 mois on a ses habitudes et on peu penser tout connaître de la capitale économique. Là est bien l’erreur et même si ce n’est certainement pas le coin le plus agréable du Cameroun, cela vaut le coup de partir à l’aventure pour découvrir les différents visages de cette ville en constante évolution. Les guides touristiques nous mènent droit au quartier historique de Bonanjo où l’on trouve les vielles bâtisses de l’ère coloniale, le palais des rois Bell et le monument au Général Leclerc (saviez-vous que le Cameroun a été la première colonie à rallier les FFL ?). En se baladant un peu on trouve les grands marchés : le marché central pour les denrées alimentaires, le marché Congo pour les tissus. Douala devient plus populaire. Mais ce n’est qu’accompagné de camerounais que l’on peut découvrir « Village », quartier en pleine expansion issu de l’exode rural. Bonantone aura pu paraître populaire à certains, Bilongué n’a rien à voir. Dans ce sous-quartier de Village les voies ne peuvent plus être appelées des pistes tant elles sont défoncées par les camions de sable, seulement praticables pour les piétons. Hysacam (la société responsable de la collecte de déchets) ne passe pas dans ce lieu reculé et les ordures s’entassent dans les décharges sauvages qui s’épandent dans les rues lors des fortes pluies. La vie est difficile dans les grandes villes africaines et même si je n’ai pas ma maison à Bonapriso, mon 4*4 et mes 2 000 000 Fcfa de salaire mensuel, je réalise ma condition privilégiée de volontaire européen.
Lorsque je ne suis pas à Douala, je continue de découvrir ce beau pays qu’est le Cameroun. Après un passage à l’inévitable Kribi (plages de sable blanc, pirogues, cocotiers, chutes de la Lobé) en avril, les mois de mai et juin ont été l’occasion de faire quelques excursions dans l’ouest. Deux petits jours entre Mélong et Bafang une première fois, Dschang le week-end dernier. J’y ai retrouvé Alice de Fontem et Emilie (de Dschang !) pour un bon temps de dépaysement, loin de l’excitation et de la chaleur de Douala. Relativement à ces 2 week-ends, il semble que les sorciers des transports s’acharnent sur moi : après ma fameuse expérience vers Limbé, j’ai pu profiter des 5 heures d’attente avant le départ pour Mélong (le temps que le bus soit chargé) ou encore de l’arrivée à 2h30 du matin à Dschang après nous être perdus dans le quartier de Bonabéri, avoir attendu la fin du chargement à la gare routière, être passés à travers les bouchons de Douala et avoir testé la panne en pleine brousse.
Mon article s’achève sur les perspectives futures. Loin, loin, l’IST-AC, loin, loin, l’orphelinat : vendredi prochain je pars en congés pour 3 semaines. Un mariage à Yaoundé, puis départ pour le Nord Cameroun où nous retrouverons Morgane, Nancy et Anne du Tchad et enfin retour dans l’ouest : Dschang, Fontem et plus si pas fatigué ! 3 semaines bien méritées en tout cas : il était temps !!

Merci pour votre soutien, merci pour vos nouvelles,
On est ensemble !

Benoît