lundi 3 mai 2010

Dépendance et solidarités

Jeudi soir, 23 heures passées. La lumière de ma chambre est encore allumée. La journée s’est conclue par une belle rencontre et le moral comme la forme flirtent avec les sommets. J’ouvre mon journal de bord et commence à écrire. Je savoure ces moments où la paix emplit le corps comme l’esprit.
6h30. La sonnerie de mon portable me réveille. Le moral tient encore le coup, mais je sens un peu de fatigue après cette courte nuit. 38°C : « Zut, j’espère que j’ai pas choppé quelque chose… ».
Je pars quand même à l’orphelinat. A 10 heures, je suis à la paroisse, essayant tant bien que mal de surveiller les 10 petits qui courent dans tous les sens, se disputent ou réclament de l’eau. La fièvre a dû monter et je suis totalement cassé. Je suis obligé de m’asseoir. Nous rentrons à l’orphelinat et je dis aux mamans qu’il me faut passer à l’hôpital. J’ai oublié mon carnet de santé à la maison, mais tant pis : le plus tôt j’aurai vu le médecin, le plus tôt je serai sur pieds.
La queue est longue à la consultation. La fièvre m’achève et je dors, la tête appuyée sur les genoux. Enfin le médecin me reçoit : il se pourrait bien que ce soit le palu. Une goutte épaisse plus tard, le résultat est confirmé. « 12000 TPF/µL ! Je devrais vous faire hospitaliser de suite ! Mais vous avez l’air de bien tenir le coup. Vous allez pouvoir revenir chez vous et suivre le traitement à domicile ». J’ai beau « tenir le coup », je suis quand même bien content qu’Ibrahim me raccompagne à la maison et aille acheter les médicaments à ma place. 24 heures plus tard, retour à Ad Lucem : les nausées m’empêchent de garder le traitement dans le ventre et la fièvre continue de grimper malgré les serviettes mouillées et les douches froides. Matthieu et Ibrahim me portent jusqu’au taxi : finalement – qui l’eut cru – je ne suis pas un surhomme et finirai comme tout le monde sous perfusion de quinine à l’hôpital. J’y resterai 3 jours.

Peut-être aurais-je dû cacher cet épisode à mes parents, vu le souci que je leur ai donné. Vivant au Cameroun depuis plus d’un an, je n’ai pas pensé que cette maladie créerait un tel émoi. Même si l’on ne peut pas aller jusqu’à la comparer à la grippe, celle-ci fait ici partie du quotidien. Combien de fois tel collègue ou tel étudiant à qui je fais remarquer qu’il a l’air fatigué me répondra qu’il a le palu. Rien d’extraordinaire à contracter la malaria dans cette région du monde. Et pas de panique à avoir non plus : prise à temps, elle se soigne très bien. Le tout est de ne jamais laisser traîner une fièvre en se disant qu’un ou deux comprimés de paracétamol feront l’affaire.

Ce serait vous mentir que de dire que j’ai adoré mon expérience d’hospitalisation, mais dès le départ, je l’ai néanmoins prise comme l’occasion de continuer à découvrir le quotidien de mes frères camerounais. On ne se rend pas compte en France du confort de nos hôpitaux et cliniques : les repas sont servis à domicile, les draps sont changés tous les jours, les médicaments arrivent « tous seuls » jusqu’au cathéter. Les soins prodigués au Cameroun sont bons (même si pour une opération lourde, je serais plus rassuré en France !), mais aucun de ces « services annexes » ne sont proposés lors de l’hospitalisation. C’est là que la solidarité africaine prend tout son sens.
Seul, le malade ne pourrait pas se débrouiller. Parlons déjà des médicaments. Chaque matin, le médecin fait le tour des patients et leur prescrit le traitement pour la journée. Il leur faut alors faire la queue à la caisse pour payer les différents produits et pouvoir les retirer à la pharmacie de l’hôpital : ici, on paye avant d’être traité. J’ai eu un matin à aller chercher mes médicaments tout seul et je peux vous le confirmer : sans grand-chose dans le ventre depuis 2 jours, ce ne fut pas une partie de plaisir. Pour la nourriture, même chose. On a la chance à Ad Lucem qu’il y ait une cantine où il possible d’acheter des plats préparés. Mais assez souvent, ce n’est pas le cas et il faut préparer soi-même. Une petite cuisine (traditionnelle = au feu de bois) est alors disponible pour cela. Mais quoi qu’il en soit, reste toujours le problème d’avoir à se déplacer pour chercher sa nourriture lorsque vos jambes vous portent difficilement (et je ne parle pas des personnes gravement malades !).
Au Cameroun – et certainement faudrait-il généraliser à l’Afrique – le malade, devenu dépendant, doit compter sur la solidarité de sa famille et de ses amis. C’est ainsi que Nadège a été ma garde malade pendant ces 3 jours d’hospitalisation. C’est elle qui était là pour acheter mes médicaments, pour me préparer à manger, pour m’apporter de l’eau, pour me tenir compagnie. Certes, je lui ai offert un petit cadeau pour la remercier de s’être ainsi occupée de moi, mais c’est suivant le principe de la solidarité avec la « famille » qu’elle a fait cela.
Mais Nadège n’a pas été la seule à être avec moi durant ce séjour à Ad Lucem. La nouvelle de mon palu a vite fait le tour de l’IST-AC, et c'est avec beaucoup de plaisir que j’ai vu l’un m’appeler pour prendre de mes nouvelles ou l’autre me visiter à l’hôpital. Comme pour les deuils, les naissances ou les mariages, le « on est ensemble », est là pour vous accompagner chaque instant de la vie.

Cet article est donc également une manière de vous remercier, vous qui, au Cameroun ou depuis la France, étiez avec moi, par une visite, un coup de fil, un e-mail. Un grand merci !

mardi 30 mars 2010

A 4096 m

Les sommets pyrénéens n’atteignent pas les 4000, mais les pyrénéistes n’en ont que faire : rien n’égale le Néouvielle, le cirque de Gavarnie ou le massif du Vignemale. Pourquoi partir jusqu’en Savoie, alors qu’on a les plus belles montagnes du monde à 300 km de chez soi ! Tout ce discours partisan pour vous dire, que bien qu’ayant fait 1 ou 2 malheureuses infidélités à mes montagnes, je n’avais pas encore franchi la hauteur symbolique des 4000 m… C’est maintenant chose faite ! Une aventure à suivre en photos.

A chaque fois que le temps le permet, le toit du Cameroun (4096m) vient me narguer, montrant le bout de son nez jusqu’à Douala. Je n’aurais pas pu passer 2 ans sans laver cet affront et un certain nombre de mes amis partageaient cet avis. Ainsi, profitant du week-end prolongé permis par la fête de la jeunesse (11 février), Claire, Aurélie (2 amies FIDESCO respectivement infirmière et sage-femme à Dschang) et moi sommes partis à l’assaut du Mont Cameroun.

Partis de Douala avec une « occasion » (une voiture chargée optimalement : 4 passagers derrière, 2 devant + le chauffeur), nous arrivons en milieu de matinée à Buea, chef lieu de la province du Sud-Ouest (anglophone) et point de départ de l’ascension. Altitude +900 m. Pour atteindre le sommet, nous sommes accompagnés par notre guide Edmond et par nos 2 porteurs, Edward et Simon. Force est de constater que sans ces 2 derniers, nous ne serions jamais parvenus en haut : porter seul ses habits, son sac de couchage, sa tente, sa nourriture (pour 3 jours) et son eau n’est possible que sur une petite centaine de mètres.

Nous commençons notre ascension en passant à travers les champs de macabo, dans une atmosphère excessivement humide : au bout de 5 minutes, nous voilà déjà trempés ! Puis vient la petite forêt : l’impression de se retrouver dans les Pyrénées (ou la Bretagne, suivant le référentiel de chacun) en début d’automne. Seuls quelques arbres des régions équatoriales (et bien entendu la chaleur) nous rappellent que nous sommes bien en Afrique.

A la sortie de la forêt, changement net de paysage : plus d’arbres, mais une grande montagne noire sur les flancs de laquelle surgissent de petites touffes d’herbe bien verte : un air d’Ecosse. La pente s’accentue, les nuages passent au-dessus de nos têtes à toute allure et le Majestic (seul arbre de la pente, il donne l’impression d’être inatteignable) n’en finit pas de courir devant nous. L’air commence à fraichir et les derniers mètres nous obligent à poser les mains.

Nous arrivons au 2ème refuge : c’est là que nous allons passer la nuit. Nous montons la tente un peu à l’écart, faisons quelques étirements, puis dégustons une bonne platée de pâtes. Quelques minutes pour contempler le ciel et les lumières de Buea en contrebas, puis nous nous couchons : demain une grosse journée nous attend.

Lever à 6h avec le plaisir de voir le soleil encore rose à l’horizon. Nous nous mettons en route. Le paysage est encore différent. Une herbe jaune couvre les pentes. Par-ci par là quelques arbustes, un arbre ou deux : ce paysage sec est celui de la savane. Les arbustes commencent à se faire plus rares : nous arrivons au 3ème refuge. Face à nous un beau sommet pointu. Le Mont Cameroun ? Non pas encore : le Petit Mont Cameroun seulement !

Nous continuons à progresser entre ces collines de terre noire. Seule subsiste une herbe jaune et rase. Enfin il apparaît entre 2 nuages : énorme montagne noire toute ronde qui emplit notre champ de vision. Une vingtaine de minutes plus tard, nous voilà à son sommet. 3200 m de dénivelé, une dizaine d’heures de marche : Mont Cameroun, tu ne nous fais plus peur !

La balade est-elle finie alors ? Non, certainement pas. Le volcan nous prépare encore de nombreuses surprises. Plus qu’un simple sommet, le Mont Cameroun est une véritable aventure à travers des paysages tous plus beaux et étonnants les uns que les autres. Et c’est ce que la descente va nous montrer.

Le temps de prendre quelques photos souvenir (dont la photo « corporate » avec les tee-shirts DCC et FIDESCO !) et nous repartons : il ne fait pas si chaud que ça et les nuages bouchent un peu la vue. Nous ne tarderons pas à avoir le panorama tant espéré. Après quelques minutes de descente, le vent ayant fait son affaire, nous admirons les sommets gris qui s’élèvent devant une muraille de nuages blancs. Nous nous laissons porter jusque dans la vallée, dévalant les pentes de gravier volcanique, contemplant les anciens cratères et les grandes étendues brûlées par le soleil.

A la pause, la French touch s’impose : vin rouge, pâté et saucisson ! Nous jetons un coup d’œil en arrière sur le sommet  que nous venons de gravir : nous l’avons bien mérité. Nous reprenons le chemin dans la plaine, traversant des paysages toujours plus secs. Face à nous, telle une mer léchant les montagnes, apparaît une grande étendue de roches volcaniques recouvertes d’une fine pellicule de lichen à moitié brûlé. Bien protégés du soleil par nos chèches, nous traversons ce long labyrinthe désertique. Et puis petit à petit nous retrouvons un peu de vie dans ce paysage minéral : de grands champs d’herbe jaune, quelques sentiers à travers les bosquets d’arbustes verts.

Mais cela ne dure pas. Contournant un ancien cratère, nous nous retrouvons face au désert, un erg marocain de sable noir, un paysage lunaire où ne poussent que les dunes. Et puis voilà qu’au détour d’une colline réapparaît la couleur dans cet univers gris : d’improbables bouquets de fleurs jaunes jaillissent des graviers noirs, sublimant le paysage. Les jambes faiblissent, mais le spectacle sous nos yeux nous encourage à continuer. Retrouvant les touffes vertes de l’Ecosse et quelques montagnes rappelant parfois les Pyrénées, nous quittons définitivement le désert pour rejoindre les grandes forêts équatoriales. Nous atteignons le campement, les jambes douloureuses : il était temps ! La toilette à la source revigore et le dîner autour du feu de bois rappelle quelques vieux souvenirs de scoutisme : une belle journée.

Réveillés tôt le matin, nous entrons dans la grande forêt équatoriale. Plus de vestige du désert de la veille : la seule couleur est le vert. Les arbres enchevêtrés montent haut au-dessus de nos têtes, allant jusqu’à nous cacher le ciel. Nous sortons quelques instants à l’air libre le temps de traverser la coulée de lave de 2006 qui descend jusqu’à Limbé, puis nous replongeons définitivement dans la jungle. Il fait humide et les racines sont glissantes : les bâtons de marche deviennent vite utile pour éviter de tomber dans la boue. Puis peu à peu les nuages descendent sur la forêt. La végétation nous cache le ciel, la lumière ne descend plus jusqu’à nous, les lambeaux de brouillard de brouillard s’enroulent autours des arbres. Il fait presque nuit et l’ambiance fait penser à celle d’un film d’horreur : ne manquent que les esprits. Nous sommes sortis de notre cauchemar par une sensation bien réelle : la pluie, la vraie pluie africaine qui trempe jusqu’aux os, commence à tomber. La fin se fait longue. Enfin nous traversons les champs de macabo : le village est proche, nous arrivons.

Le corps ne tient plus (les courbatures perdureront 2 jours), mais le moral est à 4096 m : plus qu’un sommet, le Mont Cameroun est une véritable aventure à travers des paysages étonnants et somptueux !

vendredi 26 mars 2010

Latest news !!

« Ah c’était trop génial ce truc : faut absolument que j’en parle sur blog » : combien de fois je me suis dit ça. J’aimerais vous partager au fur à mesure mes dernières découvertes, mes dernières joies ou mes dernières difficultés, mais reste la problématique du temps. « Mais tu es en Afrique ! Et en Afrique on a le temps ! ». C’est ce que je croyais également avant de partir. Finalement, je me retrouve à courir après les petites plages libres dans mon emploi du temps. Le fait est que dans le temps que me libère la mission, j’ai beaucoup de propositions (WE, amis à rencontrer, dîners ou fêtes, etc.). Déjà qu’en France, j’ai du mal à dire non, ici c’est d’autant plus dur que je sais qu’il ne me reste même pas un an pour en profiter. De fait, c’est souvent la course, souvent le stress et la fatigue et je vous laisse deviner de quoi parlera un prochain article !

Quoi de neuf alors finalement ?!! (Il est vrai que j’ai tendance à trop enrober mon discours !).

Tout d’abord côté boulot : ça évolue ! Depuis le début de la coopé, j’avais du mal à accepter entièrement ma mission, à ressentir un élan particulier qui me permette de m’y adonner complètement. Lors de « l’été », j’ai eu l’occasion de repenser un peu la pédagogie de ces missions industrielles et de mettre en avant ce qu’il me semblait important de faire passer aux étudiants. Ainsi, à partir de septembre, je me suis un peu retrouvé dans la peau de l’enseignant ayant à cœur de de faire grandir ses étudiants : un certain lien affectif est né. Cet attachement, ce sens que je donne à ce que je fais, s’est trouvé grandi au détour de rencontres avec certains d’entre eux qui montraient une révolte particulière face à la situation de leur pays (corruption, manque d’entretien des infrastructures, ramassage des déchets, etc.). Oui, l’IST-AC est un beau projet car il donne à ces volontés les outils qui leur permettront d’être acteurs du changement !
Mais malgré cela restait une moitié de la mission qui, si elle m’a bien apporté, est néanmoins restée une charge : la prospection de ces fameuses missions industrielles. Travail répétitif, peu enrichissant et surtout très solitaire. C’est certainement ce dernier point qui m’affectait le plus car je suis notamment venu pour travailler AVEC les camerounais. Courant novembre, mon état d’esprit n’évoluant pas, mon partenaire m’a donné l’opportunité d’adapter ma mission. Ainsi, confiant la prospection des MI à un collègue, j’ai été affecté sur un poste de maîtrise d’ouvrage pour la construction de nos nouveaux bâtiments. Jusqu’à présent nous sommes logés gracieusement par l’entreprise TOTAL, mais d’ici 2011, nous aurons notre propre campus incluant entre autres 5 bâtiments pour l’école, une résidence étudiante, une chapelle, un terrain de sport. Mon rôle dans la maîtrise d’ouvrage est principalement le suivi d’avancement du chantier, rôle de terrain vraiment épanouissant humainement et techniquement. Malheureusement, pour des raisons administratives, le gros œuvre ne devrait finalement démarrer qu’en septembre 2010. Et finalement, je risque me retrouver au chômage technique d’ici peu. A moi alors de me trouver une nouvelle mission !

Côté relationnel, des arrivées des départs. Louis-Bernard est parti en France terminer sa thèse de géographie : alors que je mets la clim’, lui est obligé d’ajouter des épaisseurs ! Perrine de Dschang et Max et Julie de Pouma ont fini leur contrat de VSI : ils sont rentrés respectivement en octobre et en décembre. Mais Martine est arrivée pour remplacer Perrine et Claire et Aurélie (FIDESCO) l’y ont rejointe, tandis qu’Anne-Laure intégrait en février un poste idéalement placé à Kribi ! A Douala, c’est Jérôme et Clotilde (enseignants au lycée français) et Angélique et Seïd (une ex-DCC de N’Djamena et son mari Tchadien) qui sont arrivés pour grossir la communauté blanche du même âge et du même état d’esprit que nous ! Par ailleurs, malgré ma légendaire intolérance, je m’ouvre également aux FIDESCO : à Dschang, à Bafoussam ou à Yaoundé. Au final, un beau réseau de copains à travers le Cameroun qu’il est facile de retrouver lorsque la mission est un peu dure à porter, qu’on a besoin de changer d’air et de confier ses soucis à des personnes qui nous comprennent.
Mais je ne fréquente pas que des blancs !!! Les relations avec les camerounais continuent de se faire elles aussi, même si elles prennent leur temps. Avec Nadine et Christelle de l’IST-AC, de nouveaux projets de cuisine sont en cours : certainement le macabo rapé avec la sauce arachide pour avril ! Avec les autres collègues, quelques complicités naissent, notamment grâce au foot du jeudi soir lancé depuis peu à l’école. On joue au foot, on discute à la pause café, on mange ensemble chez les mamans, on va voir un bébé nouvellement arrivé, on assiste au deuil d’un parent : les liens sortent un peu du cadre professionnel. Pas encore trop eu l’occasion par contre de boire des bières ensemble. Personne n’a-t-il envie ? Ou peut-être est-ce un peu la tradition africaine qui empêche d’avoir l’initiative : celui qui propose paie... En tout cas, le dernier séminaire des permanents a bien fait ressortir que pour les européens comme pour les africains, l’IST-AC était comme une petite famille.
En dehors de l’IST-AC : les vieux de la vieille comme Nadège, Deïdo, le compagnon des matchs de foot, le Père Ignace et la Sœur Marguerite-Marie à Bonamoussadi, Ingrid la revenante (je ne l’avais pas vue depuis 6 mois) et sinon quelques connaissances dans le quartier, voisins ou commerçants, quelques autres à la paroisse. Pas forcément beaucoup de liens très intenses, mais beaucoup de petites relations de tous les jours, pas compliquées. J’aime en Afrique cette facilité à créer le lien. J’aime me promener dans mon quartier, dire bonjour et échanger quelques mots avec les personnes que je connais. J’aime quand des gens que je ne connais pas me disent « bonjour le blanc », m’encouragent pendant mon footing ou me disent « assia » (patience, courage) lorsque mon cornet de glace tombe à terre. J’aime ces conversations qui se créent avec des inconnus dans le taxi ou chez les mamans. Loin des villes européennes anonymes, l’Afrique nous permet de ne jamais nous sentir seul.
Par ailleurs, avant son départ, Louis-Bernard m’avait présenté Christelle, sa petite amie. Et c’est finalement elle qui prend le relai pour me faire découvrir le Cameroun de d’l’intérieur : en m’invitant dans sa famille, puis au baptême de son neveu à Pacques. Pour cette dernière proposition, peu d’hésitation : même si les 3 jours m’auraient permis d’aller voir mes amies de Dschang, une invitation dans une famille ne se rate pas !
J’oubliais finalement de parler de mes blancs préférés : mes parents et mon frère (ma sœur n’avait pas pu se libérer) sont venus me voir pour Noël ! Autant vous dire qu’ils ont fait sensation : à Dschang comme à Pouma, on a été impressionné de leur facilité d’adaptation, de leur ouverture, etc. Récemment, j’ai même entendu parler d’eux à Yaoundé où ils n’étaient pourtant pas passés ! Au-delà de toute la fierté que j’en retire, j’étais heureux de les voir, de leur présenter mon lieu de vie, mon boulot, mes collègues, mes amis. Nous avons aussi pu prendre des vacances ensemble, (re)découvrant l’ouest, Limbé ou Mbalmayo (au sud de Yaoundé). Leur séjour s’est conclu par un beau Noël en famille à Dschang, en compagnie d’autres volontaires du Cameroun. Bref, cela n’a fait que parfaire mon moral qui était monté en flèche suite à la réadaptation de ma mission !

Me voilà donc à près de 15 mois de coopé. J’ai passé la moitié de cette expérience : dans 9 mois je serai de retour en France. Ouf plus que 9 mois ? Mince plus que 9 mois ? Même si l’optimisme de la période décembre-janvier est un peu retombé, je reste dans le second état d’esprit. Certes il est des moments où le moral est un peu moins haut et où mes pensées vont vers la France, mais je garde cette envie de profiter au maximum du temps qui me reste au Cameroun. Découvrir le pays, créer des liens, mais surtout me donner à fond dans ma mission, en m’appliquant au travail et en répandant de la joie autour de moi (tout en pensant à m’économiser un peu (Cf. articles suivants)).

A Douala, la petite saison des pluies arrive lentement, amenant de temps à autre des températures plus supportables. Pour tout vous dire, je me prends parfois à rêver de neige et de gros manteaux. Et pourtant, je sais que l’hiver a été particulièrement rude cette année, quand les tempêtes ne s’en sont pas mêlées. Je pensais bien à vous en ces moments là. 
J’espère que la météo n’a pas entamé votre moral et que vous vous portez bien.
Comme toujours, un grand merci pour votre soutien de chaque instant et sous touts ses formes.
Passez de belles fêtes de Pacques (et de bonnes vacances pour ceux qui ont la chance d’en avoir) !
On est ensemble !

Benoît

mardi 23 février 2010

Petit dictionnaire Français du Cameroun – Français de France


Comme on le lit dans tous les guides touristiques et comme vous le diront les camerounais eux-mêmes, le Cameroun est une Afrique en miniature. Des grandes forêts équatoriales de l’Est aux zones pré-sahéliennes de l’Extrême Nord, le pays nous permet de voir un grand nombre de visages de l’Afrique. Mais cette Afrique en miniature, c’est aussi plus de 200 ethnies différentes qui ont chacune leur dialecte propre. Certes certaines de ces langues se ressemblent, mais étant bamiléké (un des plus grand sinon le plus grand groupe ethnique du pays), on ne parle pas le même patois si l’on est dschang ou bafang (2 villes de l’ouest Cameroun). Et finalement, ce sont l’Anglais et le Français qui permettent à tout le monde de se comprendre et sont donc langues nationales. J’aurais été à Pouma (village sur l’axe lourd Douala-Yaoundé), peut-être aurai-je appris le Bassa. Mais à Douala, capitale économique où se côtoient toutes les ethnies,  apprendre le Douala aurait été sinon inutile, du moins difficile vu que les douala sont maintenant minoritaires dans leur ville, supplantés par les commerçants bamilékés. J’en suis donc resté au Français, mais apprends (si je ne fais pas miennes) ces expressions bien d’ici qui font le Français du Cameroun. En voici quelques-unes.

Pour se saluer, le « bonjour » est de mise ; ce à quoi on pourra vous répondre « merci », bonjour étant pris dans son sens littéral. Attention néanmoins : à partir de 12h00, ce n’est pus bonjour, mais bonsoir qu’on dit ! « Salut » reste un mot de blanc, peu usité ici (sinon pour saluer les blancs !).

Nous continuons la rencontre en demandant des nouvelles par un cordial « c’est comment ? ». Au classique « ça va » s’ajoutent les « ça va un peu », « on est là » : on peut toujours aller mieux. Attention néanmoins au ton sur lequel est lancé le « c’est comment ? » qui peut également signifier « mais y s’passe quoi là ?!!! » ou « c’est quoi ton problème ?!! ».

En Afrique, et au Cameroun en particulier, le temps n’est pas maîtrisable et reste quelque chose de flou. Cela se traduit dans la manière de parler. Par exemple, lorsque vous demandez l’heure, on peut très bien vous répondre qu’il est 8h moins. Ne demandez pas « moins combien ? » et comprenez seulement qu’il est entre 7h30 et 8h. Même imprécision  pour dater les évènements. « depuis » et « jusqu’à » en sont un bon exemple : ils désignent une certaine durée, dans le passé ou l’avenir. Ainsi, lorsque quelqu’un est en retard (ce qui peut être fréquent !), on peut lui dire « Je suis là depuis et j’ai bien eu peur d’avoir à t’attendre jusqu’à ».

Comme dans de nombreux pays africains, on accorde beaucoup de respect aux anciens, aux parents. Cet aspect de la culture entre dans le langage et là où on utiliserait la formule « monsieur » ou « madame » pour saluer une personne plus âgée, on utilise à la place « papa » ou « maman ». Moi-même, n’ayant pas encore d’enfants, je suis appelé « tonton Benoît » par mes enfants de l’orphelinat.

Pourquoi s’embêter à utiliser 3 ou 4 mots quand on pourrait en utiliser un seul ? Le Français du Cameroun n’a pas de complexes à intégrer de nouveaux verbes qui simplifient la vie :
-         - torcher (ex : « tu veux que je te torche ? ») signifie simplement éclairer avec une lampe torche
-          - doigter : comme on nous l’a maintes fois répété, on ne doigte pas les gens : on ne les montre pas du doigt
-          - cadeauter signifie tout simplement offrir (un cadeau)
-         - dégammer, c’est chanter en dehors de la gamme, manière subtile de caractériser les personnes qui chantent faux !

Quelques « faux-amis » ayant d’autres significations (en plus) de celles que nous connaissons en Français de France :
-         -  pardon : s’il-te-plaît. Par exemple, pour commander à boire dîtes « Chérie, donne-moi la bière, pardon » et la servante (serveuse) vous apportera votre bouteille de 65 cl avec un grand sourire !
-          - gâter : utilisé plutôt sous la forme participe passé (gâté). En France, seuls les fruits sont gâtés. Au Cameroun, tout se gâte : les fers à repasser, les vélos, etc. Reste quand-même à vérifier si ici aussi on a des enfants gâtés…
-          - connaître : savoir (ex : je ne connais pas parler Douala)
-          - arrêter : tenir (ex : arrêter la main de quelqu’un, arrêter un verre). Verbe qui peut donner lieu à des situations amusantes : que doit comprendre un enfant qui tire votre sac à dos quand vous lui dîtes « arrête » ?
-          - garder : apporter ou rapporter. Ainsi, à chaque fois que l’on va au village retrouver la  famille, on lui garde l’huile ou le savon et on revient avec le plantain, les pommes (pommes de terre), les patates (douces) qu’on distribue à la famille et aux amis restés en ville
-          - calculer : les calculs ne sont pas réservés aux scientifiques et aux comptables. C’est aussi l’activité des petits escrocs qui cherchent à calculer les gens.  
-          - filmer : photographier
-          - chuter : s’appauvrir

Par ces quelques mots et expressions, vous aurez pu avoir un petit aperçu de ce Français du Cameroun que j’intègre petit à petit, volontairement… ou non ! C’est ainsi qu’un matin on se réveille en se demandant si « est-ce que tu bois la bière ?» est correct en Français de France ou pas ou  qu’on s’aperçoit que l’on utilise le « même » à tord et à travers dans des expressions du genre « est-ce qu’il est même court ? » (comprenez « est-il petit ?» avec le sous-entendu « moi je pense que non »). Comment parlerai-je dans 11 mois lors de mon retour en France ? Je ne sais pas, mais il est sûr que certains mots me resteront et que je continuerai quelque temps à vous faire rire avec mon accent camerounais !