Comme on le lit dans tous les guides touristiques et comme vous le diront les camerounais eux-mêmes, le Cameroun est une Afrique en miniature. Des grandes forêts équatoriales de l’Est aux zones pré-sahéliennes de l’Extrême Nord, le pays nous permet de voir un grand nombre de visages de l’Afrique. Mais cette Afrique en miniature, c’est aussi plus de 200 ethnies différentes qui ont chacune leur dialecte propre. Certes certaines de ces langues se ressemblent, mais étant bamiléké (un des plus grand sinon le plus grand groupe ethnique du pays), on ne parle pas le même patois si l’on est dschang ou bafang (2 villes de l’ouest Cameroun). Et finalement, ce sont l’Anglais et le Français qui permettent à tout le monde de se comprendre et sont donc langues nationales. J’aurais été à Pouma (village sur l’axe lourd Douala-Yaoundé), peut-être aurai-je appris le Bassa. Mais à Douala, capitale économique où se côtoient toutes les ethnies, apprendre le Douala aurait été sinon inutile, du moins difficile vu que les douala sont maintenant minoritaires dans leur ville, supplantés par les commerçants bamilékés. J’en suis donc resté au Français, mais apprends (si je ne fais pas miennes) ces expressions bien d’ici qui font le Français du Cameroun. En voici quelques-unes.
Pour se saluer, le « bonjour » est de mise ; ce à quoi on pourra vous répondre « merci », bonjour étant pris dans son sens littéral. Attention néanmoins : à partir de 12h00, ce n’est pus bonjour, mais bonsoir qu’on dit ! « Salut » reste un mot de blanc, peu usité ici (sinon pour saluer les blancs !).
Nous continuons la rencontre en demandant des nouvelles par un cordial « c’est comment ? ». Au classique « ça va » s’ajoutent les « ça va un peu », « on est là » : on peut toujours aller mieux. Attention néanmoins au ton sur lequel est lancé le « c’est comment ? » qui peut également signifier « mais y s’passe quoi là ?!!! » ou « c’est quoi ton problème ?!! ».
En Afrique, et au Cameroun en particulier, le temps n’est pas maîtrisable et reste quelque chose de flou. Cela se traduit dans la manière de parler. Par exemple, lorsque vous demandez l’heure, on peut très bien vous répondre qu’il est 8h moins. Ne demandez pas « moins combien ? » et comprenez seulement qu’il est entre 7h30 et 8h. Même imprécision pour dater les évènements. « depuis » et « jusqu’à » en sont un bon exemple : ils désignent une certaine durée, dans le passé ou l’avenir. Ainsi, lorsque quelqu’un est en retard (ce qui peut être fréquent !), on peut lui dire « Je suis là depuis et j’ai bien eu peur d’avoir à t’attendre jusqu’à ».
Comme dans de nombreux pays africains, on accorde beaucoup de respect aux anciens, aux parents. Cet aspect de la culture entre dans le langage et là où on utiliserait la formule « monsieur » ou « madame » pour saluer une personne plus âgée, on utilise à la place « papa » ou « maman ». Moi-même, n’ayant pas encore d’enfants, je suis appelé « tonton Benoît » par mes enfants de l’orphelinat.
Pourquoi s’embêter à utiliser 3 ou 4 mots quand on pourrait en utiliser un seul ? Le Français du Cameroun n’a pas de complexes à intégrer de nouveaux verbes qui simplifient la vie :
- - torcher (ex : « tu veux que je te torche ? ») signifie simplement éclairer avec une lampe torche
- - doigter : comme on nous l’a maintes fois répété, on ne doigte pas les gens : on ne les montre pas du doigt
- - cadeauter signifie tout simplement offrir (un cadeau)
- - dégammer, c’est chanter en dehors de la gamme, manière subtile de caractériser les personnes qui chantent faux !
Quelques « faux-amis » ayant d’autres significations (en plus) de celles que nous connaissons en Français de France :
- - pardon : s’il-te-plaît. Par exemple, pour commander à boire dîtes « Chérie, donne-moi la bière, pardon » et la servante (serveuse) vous apportera votre bouteille de 65 cl avec un grand sourire !
- - gâter : utilisé plutôt sous la forme participe passé (gâté). En France, seuls les fruits sont gâtés. Au Cameroun, tout se gâte : les fers à repasser, les vélos, etc. Reste quand-même à vérifier si ici aussi on a des enfants gâtés…
- - connaître : savoir (ex : je ne connais pas parler Douala)
- - arrêter : tenir (ex : arrêter la main de quelqu’un, arrêter un verre). Verbe qui peut donner lieu à des situations amusantes : que doit comprendre un enfant qui tire votre sac à dos quand vous lui dîtes « arrête » ?
- - garder : apporter ou rapporter. Ainsi, à chaque fois que l’on va au village retrouver la famille, on lui garde l’huile ou le savon et on revient avec le plantain, les pommes (pommes de terre), les patates (douces) qu’on distribue à la famille et aux amis restés en ville
- - calculer : les calculs ne sont pas réservés aux scientifiques et aux comptables. C’est aussi l’activité des petits escrocs qui cherchent à calculer les gens.
- - filmer : photographier
- - chuter : s’appauvrir
Par ces quelques mots et expressions, vous aurez pu avoir un petit aperçu de ce Français du Cameroun que j’intègre petit à petit, volontairement… ou non ! C’est ainsi qu’un matin on se réveille en se demandant si « est-ce que tu bois la bière ?» est correct en Français de France ou pas ou qu’on s’aperçoit que l’on utilise le « même » à tord et à travers dans des expressions du genre « est-ce qu’il est même court ? » (comprenez « est-il petit ?» avec le sous-entendu « moi je pense que non »). Comment parlerai-je dans 11 mois lors de mon retour en France ? Je ne sais pas, mais il est sûr que certains mots me resteront et que je continuerai quelque temps à vous faire rire avec mon accent camerounais !
Merci tonton Benoît pour ce petit cours de language fort amusant et enrichissant.
RépondreSupprimerPapa Antoine