mardi 30 mars 2010

A 4096 m

Les sommets pyrénéens n’atteignent pas les 4000, mais les pyrénéistes n’en ont que faire : rien n’égale le Néouvielle, le cirque de Gavarnie ou le massif du Vignemale. Pourquoi partir jusqu’en Savoie, alors qu’on a les plus belles montagnes du monde à 300 km de chez soi ! Tout ce discours partisan pour vous dire, que bien qu’ayant fait 1 ou 2 malheureuses infidélités à mes montagnes, je n’avais pas encore franchi la hauteur symbolique des 4000 m… C’est maintenant chose faite ! Une aventure à suivre en photos.

A chaque fois que le temps le permet, le toit du Cameroun (4096m) vient me narguer, montrant le bout de son nez jusqu’à Douala. Je n’aurais pas pu passer 2 ans sans laver cet affront et un certain nombre de mes amis partageaient cet avis. Ainsi, profitant du week-end prolongé permis par la fête de la jeunesse (11 février), Claire, Aurélie (2 amies FIDESCO respectivement infirmière et sage-femme à Dschang) et moi sommes partis à l’assaut du Mont Cameroun.

Partis de Douala avec une « occasion » (une voiture chargée optimalement : 4 passagers derrière, 2 devant + le chauffeur), nous arrivons en milieu de matinée à Buea, chef lieu de la province du Sud-Ouest (anglophone) et point de départ de l’ascension. Altitude +900 m. Pour atteindre le sommet, nous sommes accompagnés par notre guide Edmond et par nos 2 porteurs, Edward et Simon. Force est de constater que sans ces 2 derniers, nous ne serions jamais parvenus en haut : porter seul ses habits, son sac de couchage, sa tente, sa nourriture (pour 3 jours) et son eau n’est possible que sur une petite centaine de mètres.

Nous commençons notre ascension en passant à travers les champs de macabo, dans une atmosphère excessivement humide : au bout de 5 minutes, nous voilà déjà trempés ! Puis vient la petite forêt : l’impression de se retrouver dans les Pyrénées (ou la Bretagne, suivant le référentiel de chacun) en début d’automne. Seuls quelques arbres des régions équatoriales (et bien entendu la chaleur) nous rappellent que nous sommes bien en Afrique.

A la sortie de la forêt, changement net de paysage : plus d’arbres, mais une grande montagne noire sur les flancs de laquelle surgissent de petites touffes d’herbe bien verte : un air d’Ecosse. La pente s’accentue, les nuages passent au-dessus de nos têtes à toute allure et le Majestic (seul arbre de la pente, il donne l’impression d’être inatteignable) n’en finit pas de courir devant nous. L’air commence à fraichir et les derniers mètres nous obligent à poser les mains.

Nous arrivons au 2ème refuge : c’est là que nous allons passer la nuit. Nous montons la tente un peu à l’écart, faisons quelques étirements, puis dégustons une bonne platée de pâtes. Quelques minutes pour contempler le ciel et les lumières de Buea en contrebas, puis nous nous couchons : demain une grosse journée nous attend.

Lever à 6h avec le plaisir de voir le soleil encore rose à l’horizon. Nous nous mettons en route. Le paysage est encore différent. Une herbe jaune couvre les pentes. Par-ci par là quelques arbustes, un arbre ou deux : ce paysage sec est celui de la savane. Les arbustes commencent à se faire plus rares : nous arrivons au 3ème refuge. Face à nous un beau sommet pointu. Le Mont Cameroun ? Non pas encore : le Petit Mont Cameroun seulement !

Nous continuons à progresser entre ces collines de terre noire. Seule subsiste une herbe jaune et rase. Enfin il apparaît entre 2 nuages : énorme montagne noire toute ronde qui emplit notre champ de vision. Une vingtaine de minutes plus tard, nous voilà à son sommet. 3200 m de dénivelé, une dizaine d’heures de marche : Mont Cameroun, tu ne nous fais plus peur !

La balade est-elle finie alors ? Non, certainement pas. Le volcan nous prépare encore de nombreuses surprises. Plus qu’un simple sommet, le Mont Cameroun est une véritable aventure à travers des paysages tous plus beaux et étonnants les uns que les autres. Et c’est ce que la descente va nous montrer.

Le temps de prendre quelques photos souvenir (dont la photo « corporate » avec les tee-shirts DCC et FIDESCO !) et nous repartons : il ne fait pas si chaud que ça et les nuages bouchent un peu la vue. Nous ne tarderons pas à avoir le panorama tant espéré. Après quelques minutes de descente, le vent ayant fait son affaire, nous admirons les sommets gris qui s’élèvent devant une muraille de nuages blancs. Nous nous laissons porter jusque dans la vallée, dévalant les pentes de gravier volcanique, contemplant les anciens cratères et les grandes étendues brûlées par le soleil.

A la pause, la French touch s’impose : vin rouge, pâté et saucisson ! Nous jetons un coup d’œil en arrière sur le sommet  que nous venons de gravir : nous l’avons bien mérité. Nous reprenons le chemin dans la plaine, traversant des paysages toujours plus secs. Face à nous, telle une mer léchant les montagnes, apparaît une grande étendue de roches volcaniques recouvertes d’une fine pellicule de lichen à moitié brûlé. Bien protégés du soleil par nos chèches, nous traversons ce long labyrinthe désertique. Et puis petit à petit nous retrouvons un peu de vie dans ce paysage minéral : de grands champs d’herbe jaune, quelques sentiers à travers les bosquets d’arbustes verts.

Mais cela ne dure pas. Contournant un ancien cratère, nous nous retrouvons face au désert, un erg marocain de sable noir, un paysage lunaire où ne poussent que les dunes. Et puis voilà qu’au détour d’une colline réapparaît la couleur dans cet univers gris : d’improbables bouquets de fleurs jaunes jaillissent des graviers noirs, sublimant le paysage. Les jambes faiblissent, mais le spectacle sous nos yeux nous encourage à continuer. Retrouvant les touffes vertes de l’Ecosse et quelques montagnes rappelant parfois les Pyrénées, nous quittons définitivement le désert pour rejoindre les grandes forêts équatoriales. Nous atteignons le campement, les jambes douloureuses : il était temps ! La toilette à la source revigore et le dîner autour du feu de bois rappelle quelques vieux souvenirs de scoutisme : une belle journée.

Réveillés tôt le matin, nous entrons dans la grande forêt équatoriale. Plus de vestige du désert de la veille : la seule couleur est le vert. Les arbres enchevêtrés montent haut au-dessus de nos têtes, allant jusqu’à nous cacher le ciel. Nous sortons quelques instants à l’air libre le temps de traverser la coulée de lave de 2006 qui descend jusqu’à Limbé, puis nous replongeons définitivement dans la jungle. Il fait humide et les racines sont glissantes : les bâtons de marche deviennent vite utile pour éviter de tomber dans la boue. Puis peu à peu les nuages descendent sur la forêt. La végétation nous cache le ciel, la lumière ne descend plus jusqu’à nous, les lambeaux de brouillard de brouillard s’enroulent autours des arbres. Il fait presque nuit et l’ambiance fait penser à celle d’un film d’horreur : ne manquent que les esprits. Nous sommes sortis de notre cauchemar par une sensation bien réelle : la pluie, la vraie pluie africaine qui trempe jusqu’aux os, commence à tomber. La fin se fait longue. Enfin nous traversons les champs de macabo : le village est proche, nous arrivons.

Le corps ne tient plus (les courbatures perdureront 2 jours), mais le moral est à 4096 m : plus qu’un sommet, le Mont Cameroun est une véritable aventure à travers des paysages étonnants et somptueux !

1 commentaire:

  1. Félicitations pour avoir porté ci-haut les couleurs de la DCC ! A quand le prochain sommet ?

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